L’Afrique face au Covid-19 : le choc économique menace

'Afrique face au Covid-19 : le choc économique menace

Mobilisés sur le front sanitaire, les gouvernements préparent déjà l’après, entre sauvetage des grandes entreprises et stimulation de certains secteurs.

Bénin : une entreprise créée en quelques heures, le tout en ligne. Alors que le président Patrice Talon a clairement fait entendre qu’il ne confinerait pas la population béninoise afin de ne pas la priver de ressources, l’annonce de ce nouveau dispositif tout en ligne tombe à pic. Lancé par l’Agence de promotion des investissements et des exportations, Apiex, monentreprise.bj est une plateforme qui permet d’enregistrer sa société en ligne depuis un smartphone ou un ordinateur. Cette décision cruciale est tombée au moment où l’Afrique se prépare à vivre son pic d’infection dû au Covid-19.

Pour la Cnuced, partenaire dans la concrétisation de ce projet, cela signifie « que les hommes d’affaires – au Bénin ou à l’étranger – peuvent désormais commencer une entreprise en deux heures et dans le confort et la sécurité du bureau ou de la maison ». C’est désormais aussi le seul moyen pour les entrepreneurs au Bénin de formaliser leurs affaires alors que l’offre d’accueil physique se réduit à mesure que le nombre de cas confirmés augmente. Grâce à ce système : plus de créations, plus d’implantations et moins d’informel. Au Bénin, l’informalité est particulièrement élevée. En 2009, l’agence nationale des statistiques estimait que le secteur informel représentait jusqu’à 70 % du PIB et 95 % de l’emploi. Avec ce nouveau dispositif, chaque nouvelle entreprise est automatiquement conforme aux obligations commerciales, fiscales, de sécurité sociale et répond du même coup aux exigences du ministère du Travail. Les entrepreneurs reçoivent également tous leurs certificats au format numérique. Cette plateforme fait partie de la stratégie globale du gouvernement du Bénin pour mettre en place une administration intelligente qui fournit des services innovants au secteur privé et permet aux entreprises de prospérer. Avec ce nouveau guichet unique, le Bénin obtient un score élevé sur ger.co, un index des systèmes d’enregistrement des entreprises des pays, rejoignant un groupe d’élite de six pays, dont le Danemark, le Kenya, la Nouvelle-Zélande, Oman et la Suisse. « Des systèmes comme ceux-ci, qui utilisent l’innovation en ligne pour améliorer et rationaliser l’administration en ligne, sont essentiels en temps de crise », a déclaré Frank Grozel, chef de la facilitation des affaires à la Cnuced. « Nous pouvons voir maintenant pendant la pandémie de coronavirus pourquoi il est si utile, en particulier dans les pays africains, d’avoir des systèmes en ligne en place pour soutenir l’environnement entrepreneurial et commercial. » Investir, démarrer et exploiter une entreprise peut être difficile dans les contextes des pays en développement, en raison de procédures administratives inefficaces, opaques et lourdes qui ont un effet dissuasif.

La moitié des emplois en Afrique menacés par les retombées du coronavirus. Alors que le continent africain guette fébrilement le pic de la pandémie, son impact fait déjà des ravages sur les économies avec un net ralentissement de la production, de la circulation des marchandises, notamment des matières premières. Pour limiter la propagation du virus et alléger le fardeau des systèmes de santé déjà fragiles, les gouvernements ont agi rapidement en imposant la fermeture complète des frontières pour au moins 31 pays sur 54 selon le Centre africain de contrôle des maladies basés à Addis-Abeba. Une réactivité qui pose néanmoins la question des ressources sur lesquelles les États africains vont pouvoir compter pour répondre aux urgences sanitaires, économiques et sociales, alors que beaucoup d’entre eux dépendent des exportations de leurs matières premières. Certains pays enclavés se retrouvent quasiment asphyxiés et doivent trouver des itinéraires alternatifs pour livrer les marchandises. Pour d’autres, l’impact est déjà trop fort et des milliers d’emplois sont menacés. Illustration au Kenya, premier exportateur de fleurs vers l’Europe. Là-bas, chaque jour, les producteurs détruisent environ 50 tonnes de fleurs fraîches en raison de perturbations de la chaîne d’approvisionnement. « Le Kenya détruit environ 80 % des 60 tonnes de fleurs fraîches qu’il acheminait normalement tous les jours vers des marchés tels que le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l’Allemagne », selon le PDG du Kenya Flower Council, Clement Tulezi. Pour la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, plus de 51 % des exportations de l’Afrique sont destinées à des pays fortement touchés par le virus, tandis que 53 % de ses importations proviennent de ces mêmes pays.

Des perspectives tout aussi sombre pour le Nigeria. L’effondrement de la demande et des prix du pétrole forcera probablement les entreprises du Nigeria, qui est le plus grand producteur d’Afrique et compte sur les livraisons pour environ les deux tiers des recettes publiques, à freiner la production « le plus tôt possible », ont déjà averti les experts. Résultat : si l’activité économique est presque au point mort, alors environ la moitié des emplois dans toute l’Afrique sont menacés, prévient la Commission économique pour l’Afrique.

Le port d’Abdijan frappé par le coronavirus. Alors qu’il représente 90 % des échanges extérieurs de la Côte d’Ivoire, le trafic au port d’Abidjan, leader en Afrique de l’Ouest, devrait baisser en 2020, en raison du coronavirus, après avoir connu une hausse importante. C’est le directeur du port Hien Sié qui l’a annoncé mercredi. « On ressent l’impact de cette pandémie sur le port : la Chine ayant été fermée pendant longtemps, l’Europe est barricadée. Le couvre-feu (de 21 heures à 5 heures du matin) a aussi ralenti les activités du port, habitué à fonctionner pendant ce temps », a déploré le directeur auprès de l’AFP. « En 2019, on a dépassé les 25 millions de tonnes pour la première fois. Et on tablait sur 26 millions de tonnes en 2020 », a précisé Hien Sié. « Si la crise dure deux à trois mois, on peut espérer une reprise dans le dernier semestre, mais, au-delà, le port prendra un coup en termes de trafic », a-t-il souligné. « Dans l’immédiat, on ne peut donner des chiffres », a-t-il ajouté, précisant qu’à « ce jour les exportations de cacao (dont le pays est le premier producteur mondial) continuent ». Poumon économique de la Côte d’Ivoire, le port d’Abidjan, qui emploie directement et indirectement près de 100 000 personnes, approvisionne également les pays de la sous-région dépourvus de façades maritimes (Mali, Niger et Burkina Faso). Mardi, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly a annoncé que la croissance économique de la Côte d’Ivoire devrait être divisée par deux, à 3,6 % en 2020, à cause de l’épidémie de coronavirus, et que le gouvernement a lancé un plan de soutien économique et social. La Chine, où a commencé la maladie, est, après l’Union européenne, le deuxième partenaire commercial de la Côte d’Ivoire, première puissance économique d’Afrique de l’Ouest francophone.

L’épidémie de coronavirus va faire plonger la croissance du Burkina Faso. Le pays, qui est le plus touché à ce stade par l’épidémie de coronavirus en Afrique de l’Ouest, prévoit un effondrement de sa croissance économique cette année, comme ses voisins la Côte d’Ivoire et le Niger, a annoncé jeudi son président Roch Kaboré. « Les conséquences attendues de cette pandémie sur notre économie sont la réduction du taux de croissance de 6,3 % à 2 % en 2020 », a-t-il déclaré lors d’une allocution à la nation. Pays pauvre enclavé dans le Sahel, le Burkina Faso a enregistré 288 cas confirmés de Covid-19 et 16 décès depuis l’apparition de la pandémie sur son sol le 9 mars. Le président a également annoncé des « mesures d’urgence dans les secteurs vitaux », comme l’exonération de taxes sur tous les produits et équipements médicaux entrant dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Sur le plan économique, un fonds de relance des entreprises en difficulté d’un montant de 100 milliards de francs CFA (150 millions d’euros) a été mis en place ainsi qu’un fonds de solidarité au profit des acteurs du secteur informel, a aussi indiqué le président du Faso. Outre l’urgence sanitaire, le Burkina Faso est confronté, comme ses voisins le Mali et le Niger, à des attaques djihadistes ayant fait plus de 800 morts et près de 800 000 déplacés depuis 2015.

Les compagnies aériennes africaines ont déjà perdu 4 milliards de dollars. C’est Muhammad al-Bakri, vice-président régional d’Iata pour l’Afrique et le Moyen-Orient, qui a présenté ces chiffres lors d’une conférence de presse virtuelle jeudi 2 avril. Les calculs ont été faits et il en ressort que les compagnies aériennes du continent ont subi des pertes de l’ordre de quatre milliards de dollars en raison de la pandémie de Covid-19.

Par exemple, selon l’IATA, le Kenya a accueilli 2,5 millions de passagers de moins, ce qui a entraîné une perte de revenus de 540 millions de dollars, entraînant la perte de 137 965 emplois et une contribution de 1,1 milliard de dollars à l’économie du Kenya. Toujours d’après l’IATA, les compagnies aériennes éthiopiennes ont enregistré 1,6 million de passagers de moins, ce qui a entraîné une perte de revenus de 3 milliards de dollars, entraînant la perte de 327 062 emplois et un manque à gagner de 1,2 milliard de dollars à l’économie éthiopienne. La dégringolade a bien eu lieu en Afrique du Sud également, avec 10,7 millions de passagers en moins, ce qui a entraîné une perte de revenus de 2,29 milliards de dollars, entraînant plus de 186 850 emplois dans la tourmente et 3,8 milliards de dollars de contribution en moins dans l’économie sud-africaine. Muhammad al-Bakri a aussi précisé que de nombreux gouvernements de la région ont pris des engagements pour atténuer les effets du Covid-19 sur ce secteur. Certains ont évoqué des allègements fiscaux, tels que le report des paiements de location d’avions par le gouvernement du Cap Vert et des allègements financiers des gouvernements du Rwanda et de l’Angola, a révélé al Bakri. « L’industrie du transport aérien est un moteur économique, soutenant jusqu’à 8,6 millions d’emplois en Afrique et au Moyen-Orient et 186 milliards de dollars de PIB. Chaque emploi créé dans l’industrie aéronautique soutient 24 autres emplois dans l’ensemble de l’économie. Les gouvernements doivent reconnaître l’importance vitale de l’industrie du transport aérien et ce soutien est urgent. Les compagnies aériennes se battent pour leur survie dans tous les coins du monde. Les restrictions de voyage et la demande qui s’évapore signifient que, hormis le fret, il n’y a presque pas de passagers. Si les gouvernements n’agissent pas maintenant, cette crise sera plus longue et plus douloureuse. Les compagnies aériennes ont démontré leur valeur dans le développement économique et social en Afrique et au Moyen-Orient et les gouvernements doivent les prioriser dans les plans de sauvetage. »

La BAD mobilise deux millions de dollars pour combattre le Covid-19 en Afrique. Après avoir levé un emprunt de 3 milliards de dollars sur les marchés financiers internationaux, la Banque africaine de développement annonce avoir approuvé une aide d’urgence de 208 millions de shillings kényans, soit environ 2 millions de dollars en faveur de l’Organisation mondiale de la santé afin de renforcer sa capacité à aider les pays africains à contenir la pandémie de Covid-19 et à en atténuer les effets. La région Afrique de l’OMS doit utiliser ces fonds pour renforcer les capacités de 41 pays africains en matière de prévention de l’infection, de dépistage et de gestion des cas. Cette aide répond à un appel international de l’OMS. « L’OMS Afrique va également renforcer les systèmes de surveillance, acheter et distribuer des kits de tests de laboratoire et des réactifs, et soutenir les mécanismes de coordination aux niveaux national et régional », a fait savoir la BAD. On estime que l’Afrique aura besoin de plusieurs milliards de dollars pour amortir l’impact de la maladie, car de nombreux pays mettent en place des mesures d’urgence, y compris des mesures d’interruption des activités commerciales, pour tenter de la contenir.

lepoint.fr

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